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L’école de demain

Redonner un statut à l’utopie

Quelques éléments pour commencer

vendredi 16 décembre 2016

La rencontre avec un certain nombre de personnes nous pousse à continuer d’imaginer cette Ecole de demain. Lieux, pratiques, enjeux, tout doit être revisité. En clair l’école d’aujourd’hui doit faire sa mue car une grande partie de son modèle est dépassé.
L’enthousiasme et l’expertise de Mme Catherine Becchetti-Bizot ont marqué un tournant dans notre approche de la diffusion de la classe numérique. Il est devenu évident qu’il fallait se recentrer sur l’établissement pour essaimer d’une part mais aussi pour proposer un réel modèle pour demain. La particularité du numérique fait que ce modèle se doit d’être en perpétuelle évolution. Nous construisons notre ruche alvéole après alvéole.
Cette expérience est relativement nouvelle, elle préfigure un certain nombre de choses, en particulier ce qui est possible de faire ou non. Dans cette perspective l’aide de Bruno Lapetite, ingénieur à la DANE de Dijon, a été capitale. Il a rendu possible techniquement l’installation des parcs, a su se mettre à l’écoute de notre projet dans une perspective de développement.

Modèle et incubateur.

La question du modèle survient forcément dans la réflexion, à la fois dans son aspect pédagogique (qui apparaît profondément renouvelé) mais aussi sociétal tant il nous a paru important de repenser la place de l’éducation et de l’école dans la formation de nos élèves. A chaque moment de notre réflexion il est question d’espace, de positionnement, voire de posture. Il y a dans la perspective de notre travail une réflexion sous-jacente quant à la manière dont nous pouvons nous inscrire dans un espace (celui de l’établissement) et celle dont les nouvelles pratiques transforment ledit espace. Ici, donc, le terme d’espace se déploie dans toutes ses acceptions, celle de la salle, celle de l’établissement mais aussi celle d’espace social. A cette condition, la tablette est réellement un outil et non une "prothèse". Ici on peut expérimenter et comprendre la réflexion de Michel Serre [1].
Si la tablette agit comme un outil d’appropriation de l’espace en même temps que des con-naissances, elle remplit une fonction d’interface.
Le vocabulaire informatique et numérique emprunte énormément de termes aux champs lexicaux de l’espace, de l’écriture et du classement. La notion d’interface existe déjà dans le monde numérique : interface graphique, numérique ; le mot même de "fenêtre" / Window(s) matérialise cette communication possible entre deux univers (la machine et moi) par de multiples fenêtres ouvertes les unes sur les autres, à l’intérieur des autres. L’interface est donc un espace au contact deux espaces distincts par leurs caractéristiques et à l’intérieur duquel circulent des échanges. La fonction de l’interface (ouverte) est celle de l’échange.
Interfaces, flux et réseaux, territoires, toutes ces notions empruntent également au vocabulaire de la géographie enseignée au lycée en particulier à propos de la mondialisation. L’allusion ici n’est pas forcément liée aux notions mêmes et à leur transposition mais à ce qu’elles traduisent de notre rapport à l’espace et au monde. L’individu, la salle, l’établissement, les territoires, et ainsi de suite, tous procèdent des uns et des autres, les échelles s’emboîtent. Mais il faut oser aller plus loin encore : il s’agit ici de représentation.
La salle numérique et l’enseignement raisonné avec les tablettes sont autant de modèles pédagogiques que spatiaux ou sociaux. La transformation, la mutation progressive de l’espace de la salle de classe témoigne de ce nouveau rapport à l’enseignement et au travail collaboratif. Nous sommes assez rapidement passés à un modèle en "îlots" qui lui-même a révélé ses limites. En effet si l’îlot permet le travail collaboratif il ne permet pas de se ménager un temps seul ou en très petit groupe (deux ou trois). Il favorise également un certain "immobilisme" puisque tout se fait toujours entre les mêmes membres d’un groupe. On retrouve les caractéristiques de l’isolement.
Un nouveau modèle pourrait donc s’appuyer sur l’idée d’interface, de communication et en même temps de mutation perpétuelle. Ce serait dans l’interface que tout se jouerait et non dans les espaces différenciés. La salle "modèle" permettrait donc par sa modularité d’utiliser des configurations d’espace intermédiaires entre les îlots, la frontalité (avec quelques élèves seulement par exemple), la scène et la relation à un "public", des espaces où l’image et le son offrent la possibilité de se positionner autrement etc.
Ce qui fait donc modèle repose d’abord sur une nouvelle représentation du réel, une nouvelle organisation de l’espace autour de l’élève et de sa tablette, autour de la classe mais aussi au-tour de l’éducation. En peu de mots, il s’agit de partir de ce que l’on connaît, de ce que l’on voit. Cette représentation nous projette plus loin ensuite. Tour à tour l’espace peut-être individuel ou collectif, mais l’aspect collaboratif introduit par les tablettes donne plus de cohésion à ces espaces. L’individu sort de l’isolement, sort de l’image à laquelle il est "lié", de sa propre représentation sociale. Il la quitte même littéralement. Certains élèves ont pu dire qu’ils avaient l’impression de "quitter l’image de l’école." …


[1Michel Serre, Petite Poucette, Le pommier ed., coll. Manifeste, 2012

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